Amour de la musique

Dans son enfance Marsel Pagnol passait ses vacances dans une ‘villa’ lointaine qui se trouvait dans les montagnes. Il y découverit l’ enchantement de la musique grâce a Isabelle, sa jeune voisine.Il raconte:

Un jour, quand je revenais d’une promenade, j’ai entendu le son d’un piano. Je me suis approché de la terrasse. Il n’y avait personne. La fenêtre de la maison etait ouverte: encore un pas, et je vis le dos d’Isabelle… C’était elle qui jouait, et des deux mains en même temps! Les petits doigts bruns couraient sur les touches, un mince bracelet d’argent dansait autour de son poignet. Parfoit, elle levait très haut une maine qui restait suspendue en l’aire une seconde, puis retombait, avec une vitesse incroyable, sur plusieurs notes à la fois,comme un épervier sur des hirondelles.

Je ne bougeais pas, je regardais ses fragiles épaules, et la petite nuque pâle entre de tresses de soie brillante: mais la musique s’arêta soudain, et Isabelle tourna la tête vers moi, elle sourit et elle dit:

– Je t’ai vu arriver dans le vernis du piano. Ca te plaît cette musique?

– Oh! oui.

– C’est un morceau difficile. Je ne le sais pas encore très bien, mais je l’étudie tous jours. Je dois le jouer pour la fête de mon père, la mois prochain. Je vais le recommencer pour toi. Entre! Maman n’est pas là.

Elle tourna rapidement les pages d’un bel album de musique, puis ele dit:

– Approche-toi.

A ma grande surprise, elle me fit asseoir sur le sol, près du piano.

J’attendis, déjà extasié.

A cette époque, le phonographe était encore un appareil  magique réservé aux seuls millionnaires, et la radio n’existait pas.

Pour écouter de la vraie musique, il fallait aller au concert, à l’opéra, et le prix d’une place, en ces lieux sacrés, atteignait un demi-louis d’or.

Jusque-là, je n’avais donc entedu rien d’autre que la musique militaire du dimanche, la guitare des chanteurs de rues, les gammes lointaines d’une voisine inconnue, et les sons charments de la petite flûte de mon père. Tout neuf et brûlant de curiosité, je fermai les yeux.

Soudain, j’entendis sonner des cloches de bronze. D’abord un peu espacées, comme les premières gouttes d’une pluis d’été; puis elles se rapprochèrant et se réunirent en accords qui tombaient en cascades les  uns sur les autres, puis ruisselaient et résonnaient jusqu’au fond de ma poitrine.

Une tendre mélodie errait sous cet orage: elle s’ élançait par moments vers le ciel, et faisait trembler dans la nuit de blanches étincelles de musique.

Je fus d’abord abasourdi, puis bouleversé, puis enrvié. La tête vibrante et le coeur battant, je volais, les bras écartés, au-dessus des eaux vertes d’une lac mystérieux; je tombais dans des trous de silance, d’où je remontais soudain  sur le suffle  de larges harmonies qui m’emportaient vers les rouges nuages du couchant. Je ne sais pas combien de temps dura cette magie. Enfin, sur le bord d’une falaise, quatre accords, l’un après l’autres, ouvrent  lentement leurs ailes, s’ envolèrent et disparurent dans une brume dorée.

D’ aptres  M. Pagnol

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